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 Le Défenestré.

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Camille Acristem
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Alliance : Le Royaume de Valinor.
Localisation : Toulouse
Espèce : Byakko Nain (gros chat)
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MessageSujet: Le Défenestré.   Lun 16 Fév - 4:16

En fait, si je devais choisir, et je conviendrais du macabre dans ce genre de coquetteries, mais je pense que je choisirais de me défenestrer. Mais pas n’importe comment non plus et c’est pour cela que je crois que certains trouveraient glauques d’avoir de telles morbidités. Surtout si jeune. Je me dis que j’emporterais la fenêtre avec moi, quitte à la traverser pour aboutir le saut de l’âme ; je voudrais qu’elle fût ma compagne pour la chute ; quant au reste je la tiendrais pour quittes et ne la forcerais point à me suivre jusqu’au bout. Je ne vais pas lui réclamer la loyauté que je n’ose pas demander à celle qui devrait partager le moindre des recoins de ma vie, sinon de son petit corps charmant, du moins de son esprit, même préoccupé ailleurs, au moins de sa curiosité ou de sa pensée rêveuse et lointaine. Donc la fenêtre, je la laisserais ne pas me suivre là où Virgile viendrait me chercher ensuite, peut-être,… Peut-être, oui. Je saurais m’habiller comme il convient pour l’événement, et si je devais choisir un cadre, je prendrais la fenêtre trop moderne et boisée à l’étage de la maison de mon enfance, pour faire du petit ruisseau qui caresse en hiver le flanc de grosses pierres massives, un portail de l’Enfer. Et je franchirais ce seuil magique avec le mystère qui sied à mon romantisme sombre ; sans façon, sobrement et avec le sourire aux lèvres. Oui, c’est cela : je pense que je saurais sourire à ce moment là, où je rejoindrais enfin les personnages des légendes qui hantent mes rêves et mes fantasmes. Mon panthéon à moi avec sa crypte secrète où chaque Héros repose avec bienveillance et les armes qui lui sont propres : peu de lames en vérité, beaucoup de billes, de plumes, de parchemins, de grelots. Peut-être même que, dans ce lieu de tortures et de tourments, je me vivrais avec un haut-de-forme ; et il ne sera Enfer que par ce qu’il n’aura rien de réel. C’est pour ça que je voudrais choisir ce petit ruisseau minable, écrasé entre ma puissante masure de l’enfance et le sentier goudronné de la voie secondaire où soufflent des automobiles, en premier portique de ma vraie vie. Je sais que là haut, l’air bleui par des nuages un peu violets et un peu noirs, un regard marron veillera en m’appelant. Je sais bien, cela, et c’est aussi pour ça que je voudrais y aller ainsi. Mais j’espère surtout qu’on voit bien ce que je veux signifier : je ne suis pas trop pressé de mourir car je vois bien que j’aime assez bien vivre et embrasser et déjeuner et dormir et puis rire, aussi, écrire. Sauf que quand je me dis que je devrais choisir quelque chose, je le vois comme cela, par la fenêtre ; sur la pointe des pieds.

Neuf cercles ne suffiront pas à désarmer ma patience et je saurais les traverser en les coupant les uns après les autres, sans suivre le colimaçon de l’escalier. Que ce soient de cardinales ou de capitaux, les soldats pourront toujours brandir des fleurets sans mouches pour que je m’intimide : il n’en sera rien et je danserais avec eux pour mieux continuer ma route depuis le saut de l’âme. Que m’importe en vérité qu’ils soient douze ou très grands ? J’aurais la force de mon élan. Quitte à choisir, je me défenestrerais pour passer au travers de l’écran, et j’emporterais les brisures de vitres avec moi, les fragments du cadre de bois que j’aurais déchiré sous le poids de mon saut ; mais je n’irais que l’épaule en avant. Pas les joues, je risquerais de terminer défiguré. Je ne veux pénétrer dans le sombre océan aux eaux grises et puissantes que bien fait. Et pour ça, oh oui ; je me serais bien apprêté : ma chemise blanche, celle qui colle à mon torse un peu mais pas trop, mon manteau noir comme d’habituel usage, mon pantalon noir, ou un de ceux comme lui, mes chaussures grises qu’elle n’aime pas et puis mes gants en cuir avec le plus androgyne de mes airs, le plus curieux de mes regard et la plus triste de mes moues. Il paraît que le passage fige notre façon, alors je veux hanter l’Enfer avec de quoi à ce que rien ne me résiste. Je sais porter le trouble au cœur et en faire germer tant de soleils que d’orages, pour un peu qu’on me laisse soulever un coin d’air. C’est bien pour ce soin que je ne veux pas me tromper de figure au moment d’enjamber le ruisseau et noyer les chagrins de mon adolescence. Je sauterais, je bondirais, et sans parapluie noir pour ralentir mon vol, je percerais le plafond des Enfers comme un décor en carton pour atterrir sur le sol moelleux d’en dessous, à jamais réconfortant. Je pourrais danser au rythme des percussions, et mes os blancs ne distrairont pas tant de la couleur de ma peau, elle-même très blafarde. Je serais un des danseurs au bal masqué où tous plaisanteront de connivence modeste une dernière fois. Je respirerais un bon coup et me viderais les poumons de tout leur air avant de me jeter en avant, de me ruer par le carré de lumière dans le mur, atterrissant quelques secondes et quelques dix mètres plus bas, ou peut-être douze, ou peut-être seize, et je m’envolerais à l’envers. Et je sais que tombera alors pour toujours sur les mondes que je hantais de mon vivant, une nuit bien lunée grossement de jaune curieux, pour permettre une nuit à cauchemars, à cernes, à iris verts et à mèches brunes.
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